Thèses sur l'"INTELLIGENCE ARTIFICIELLE"
- Dire que la pensée est quelque chose constitue une proposition
autoréferentielle.
- La question de Turing: les machines peuvent-elles penser? a-t-elle un sens
si on n'a pas répondu, au préalable, à la question: qu'est-ce que penser? Or
c'est la question qui est elle-même le problème.
- Les machines et, plus généralement, les artefacts humains sont tous des
produits de la pensée. Et non l'inverse.
- Mais les machines sont aussi des accélérateurs de la pensée. Car celle-ci se
complexifie avec la complexification des machines.
- Le mouvement de complexification des techniques ne se caractérise pas par
une résolution progressive des problèmes mais par l'émergence de problèmes
nouveaux de plus en plus complexes.
- L'"intelligence artificielle" se trouve déjà, quoique à un niveau très
simple, dans la première pierre taillée par l'homme. Il n'y a donc aucune
objection logique à la réalisation d'une machine "intelligente". Il faut
cependant, encore une fois, ne pas oublier de distinguer les niveaux
d'information. Une machine "intelligente" d'une certaine complexité, sera
toujours réalisée par une "intelligence" plus complexe que la sienne.
- Dans l'état actuel des choses, se demander si une classe de machines, un
jour, sera capable de poursuivre seule le processus de complexification ou si la
pensée est le niveau ultime de la complexification constitue un symptôme
narcotique. La technique exprime la poursuite du processus de complexification
de la pensée. Mais toute technique est d'abord pensée avant d'être réalisée.
- Le cerveau ne produit pas la pensée comme le foie secrète la bile, la
pensée, pour la théorie de l'information générale, est l'expression d'une
relation. Sa mesure est celle de la richesse relationnelle des individus et non
du fonctionnement structurel de leurs neurones.
- La pensée n'est pas le produit des neurones, mais l'inverse.
- Les concepts de conscience et d'inconscient sont considérés en information
générale (ou en analyse sociocognitive) comme des concepts narcotiques.
- Toute quête d'un programme "naturel" constitue un symptôme narcotique dont
la forme paradoxale se présente ainsi: "je suis programmé pour découvrir le
programme qui m'a programmé pour découvrir le programme qui...."
- Questions à Türing: Je pensais encore, il y a peu de temps que ce que l'on
nomme intelligence, sans que l'on sache définir de quoi on parle, mais cela n'a
pas d'importance, pouvait être rendu irréductible par la question suivante: -
Peut-on créer une machine capable de poser une question originale? Par exemple
qu'est-ce que l'intelligence? Depuis, je pense que j'ai trouvé mieux: - Peut-on
créer une machine capable de dire non. Et on pourrait ajouter: ... et qui n'en
ferait qu'à sa tête (ou à son programme) ... si je puis dire?
Jacques Jaffelin
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considérations intempestives
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